les super-revolutionnaires


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  • Subject: les super-revolutionnaires
  • Date: Wed, 5 Sep 2007 12:00:12 +0200 (CEST)
  • Importance: Normal

RÉFLEXIONS DE FIDEL CASTRO

Les super-révolutionnaires

Je lis attentivement chaque jour les opinions qu’émettent sur Cuba les
agences de presse traditionnelles, dont celles des pays qui firent partie
de l’URSS, de la République populaire de Chine et d’autres. Des nouvelles
de la presse écrite m’arrivent d’Amérique latine, d’Espagne et du reste de
l’Europe.

Le panorama mondial est toujours plus incertain face à la crainte d’une
récession prolongée, semblable à celle des années postérieures à 1930. Le
gouvernement des Etats-Unis reçut à Bretton Woods, le 22 juillet 1944,
entre autres privilèges octroyés à la puissance militaire le plus forte du
moment, celui de battre monnaie, le dollar devenant dès lors la monnaie de
change internationale. Le pays disposait d’une économie intacte à la fin
de la guerre en 1945 et accumulait presque 70 p. 100 des  réserves d’or du
monde. Le 15 août 1971, Nixon décida unilatéralement de suspendre la
garantie en or pour chaque dollar émis. C’est ainsi qu’il finança la
boucherie du Vietnam, menant une guerre qui coûta plus de vingt fois la
valeur réelle des réserves d’or du pays. Depuis, l’économie des Etats-Unis
se soutient aux dépens des ressources naturelles et de l’épargne du reste
du monde.

La théorie de la croissance continue des investissements et de la
consommation, appliquée par les pays les plus développés aux pays où
l’immense majorité de la population est pauvre, cernée des luxes et des
gaspillages d’une infime minorité de riches, n’est pas seulement
humiliante mais aussi destructive. Ce pillage aux conséquences
désastreuses explique la rébellion croissante des peuples, même si très
peu d’entre eux connaissent le cours des événements.

Les intelligences les plus douées et les mieux cultivées sont inclues dans
la liste des ressources naturelles et cotées sur le marché mondial des
biens et services.

Qu’arrive-t-il aux super révolutionnaires de ce qu’on appelle l’extrême
gauche ? Certains le sont par manque de réalisme et pour le doux plaisir
de rêver de choses agréables. D’autres ne sont en rien des rêveurs, ce
sont des experts en la matière qui savent ce qu’ils disent et pourquoi ils
le disent. C’est là un piège bien préparé dans lequel il ne faut pas
tomber. Ils reconnaissent nos avancées comme s’ils faisaient l’aumône.
Manquent-ils vraiment d’informations ? Non. Je peux vous assurer qu’ils
sont parfaitement bien informés. Dans certains cas, leur prétendue amitié
envers Cuba leur permet de participer à de nombreuses réunions
internationales et de converser avec autant de personnes de l’étranger ou
du pays qu’ils le souhaitent, sans le moindre obstacle de la part de notre
voisin impérial situé à seulement cent cinquante kilomètres des côtes
cubaines.

Que conseillent-ils à la Révolution ? Du pur venin. Les formules les plus
typiques du néolibéralisme.

Le blocus n’existe pas selon eux. Ce serait, semble-t-il, une invention
cubaine.

Ils sous-estiment la tâche la plus colossale de la Révolution, son œuvre
éducationnelle, la culture massive des intelligences. Ils soutiennent la
nécessité, qu'il y ait de personnes en condition de faire des simples et
rudes travaux. Ils sous-estiment les résultats des investissements
scientifiques et exagèrent les dépenses qu’ils impliquent. Ou pis encore :
ils ignor7ent la valeur des services de santé que Cuba prête au monde
alors qu’avec de modestes ressources, la Révolution met concrètement à nu
le système imposé par l’impérialisme qui ne dispose pas de personnel pour
faire ce genre de choses. Ils conseillent des investissements ruineux,
alors que les services qu’ils apportent, tels les loyers, sont
pratiquement gratuits. Si les investissements étrangers dans le logement
n’avaient pas été stoppés à temps, ils auraient bâti des dizaines de
milliers de logements sans d’autres ressources que leur vente préalable à
des étrangers vivant à Cuba ou ailleurs. Il s’agissait par ailleurs de
sociétés mixtes prestataires de services régis par une législation
élaborée pour des entreprises de production. Les facultés des acheteurs
devenus propriétaires n’avaient pas de limites. Le pays aurait fourni à
ces résidents ou usagers des services pour lesquels il n’y a pas besoin
des connaissances d’un scientifique ou d’un spécialiste en informatique.
Beaucoup de ces logements auraient pu être achetés par les organes de
renseignements ennemis et leurs alliés.

On ne peut se passer de certaines sociétés mixtes parce qu’elles
contrôlent des marchés qui sont indispensables. Mais on ne peut pas non
plus inonder le pays d’argent sans vendre sa souveraineté.

Les super révolutionnaires qui prescrivent ce genre de médication ignorent
délibérément d’autres ressources vraiment décisives pour l’économie, telle
la production croissante de gaz qui, une fois purifié, se convertit en une
source d’électricité inestimable sans polluer l’environnement et qui
rapporte chaque année des centaines de millions de dollars. Ils ne disent
pas un mot de la Révolution énergétique promue par Cuba, alors qu’elle est
pourtant vitale et décisive pour le monde. Ils vont même plus loin : ils
voient dans la production de canne à sucre, une culture qui s’est
maintenue à Cuba à partir d’une main-d’œuvre mi-esclave, un avantage
spécifique pour l’île, capable de contrecarrer les cours élevés du diesel
que les automobiles gaspillent sans frein aux Etats-Unis, en Europe de
l’Ouest et dans d’autres pays développés. Ils stimulent les instincts
égoïstes des êtres humains, tandis que les cours des denrées alimentaires
doublent ou triplent.

Personne n’a été plus critique que moi de notre œuvre révolutionnaire,
mais on ne me verra  jamais rechercher les bonnes grâces ni attendre le
pardon du pire des empires.

Fidel Castro Ruz

3 septembre 2007

20 h 36



  • les super-revolutionnaires, querubin, 05/09/2007

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